ROMARIC TISSERAND —- NO PHOTOGRAPHY, NO EDITION , JUST A LOT OF ARCHIVES ——— ( LIQUID IMAGES FOR FUTURE, PAST AND PRESENT ) – v.1.2

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    TEXT ( UK / FR )

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    MONOCHRONES, LA COPIE D’UNE COPIE EST UN ORIGINAL ( REMIX-COPY-PASTE )

    Par Valerie Jouttreau

    Pensée visuelle

    Le statut complexe, ambigu et renforcé de l’image contemporaine nous oblige à interroger à nouveau des modalités de lecture, à reposer la question de son sens et de notre rapport au monde à travers sa médiation. Le projet Monochrones s’attache à questionner l’image et à sa capacité à représenter le monde, notamment dans son rapport à l’histoire, au fait historique, à « l’événement ». La relation qui se tisse entre l’image « document », l’image témoin et l’image « construite », ou encore l’image fictionnelle est marquée par une frontière infra-mince. Cette relation a suscité de nombreuses études, recherches, démarches qu’il serait trop long de citer ici. Monochrones propose donc une nouvelle contribution à une pensée du visuel, à travers un dispositif où des images de notre histoire contemporaine se donneront à voir dans un dispositif interactif numérique.

    Histoire(s) contemporaine de l’image –

    La visualité est en passe de devenir le mode majeur de notre appréhension du réel. Le développement des technologies numériques, et des modes de diffusions en flux, en réseaux, la « portabilité » convoquent toujours plus notre perception visuelle, et modifient notre environnement, de plus en plus marqué par la profusion d’écrans chargés de diffuser un flux illimité d’images. Les images se consomment et se propagent dans le champ médiatique sans contraintes apparentes. Dans ce contexte, l’image construit, fabrique le fait historique autant qu’elle en témoigne. A partir de ce constat, déjà largement commenté ailleurs, mais probablement à réinvestir dans une problématique plus large liée au numérique, la question du statut de l’archive photographique se pose dans sa relation à l’histoire, à son écriture, à la construction d’une représentation de l’Histoire.

    Archéologie de l’image / L’image révélée

    Au delà de sa valeur « représentative », «descriptive», « documentaire», la lecture d’une image photographique interroge « sa matière ». Traces, signes, trames points, pixels, cristal d’halogénure d’argent la constituent et composent, proposent en quelque sorte des strates physiques ou digitales, une sorte de méta représentation, au delà du directement perceptible, mais qui n’en forme pas moins un territoire, une image mentale. A partir de ces signes, plus ou moins indiciels, la lecture peut s’apparenter à un processus constant de construction, et de déconstruction. Voir une image serait donc reconnaître, et tout autant méconnaître. C’est ce mouvement que Monochrones propose de reproduire. Une boucle visuelle de l’image perçue comme pleine de sens, chargée d’histoire, de références à l’image résiduelle, évidée.

    L’image source / image résiduelle

    Les séries Monochrones sont réalisées à partir de tirages originaux rassemblés, collectés au cours des quatres dernières années qui parcourent les grands moments de l’histoire moderne (dictateurs, conquêtes spatiales, honneurs et médailles, violences et morts, politiques et guerres…). Le corpus est constitué de photographies qui s’inscrivent dans l’histoire contemporaine. Acquises par Romaric Tisserand, elles ont été sélectionnées pour leur résonance spécifique et singulière, « marquées » par leurs nombreuses publications dans la presse. « surmédiatisées » ou volontairement censurées, « confisquées » du champ des médias ( explosions atomiques dans le Nevada, pendaisons de noirs américains en 1930 à Manson, Fidel Castro à la Havane le 8 janvier 1959…), ces images semblent appartenir à « une mémoire visuelle collective ».

    Épuisement mécanique de l’image

    « Monochrones », propose à partir d’une image source, un épuisement de la matière même de l’image à travers un travail sur la série basée sur la reproduction. A partir d’un traitement à la photocopieuse, une modification de l’image opère peu à peu et nous écarte de la source, nous distancie d’elle et nous « donne accès » à une image résiduelle, autonome, détachée de l’événement « source » proposant ainsi un espace ouvert, porté vers la narration, la rêverie, l’imaginaire… De l’image source, on arrive après ce processus d’épuisement à des images abstraites composées de points, traits, traces, signes, agglomérats ou étendues qui constituent une rythmique graphique « détournée » de sa valeur historique ou documentaire, de sa valeur de témoignage. La captation de l’événement historique, et la « marque » du réel qu’elle implique est réduite à une trace graphique, non datée, autonome, monde cellulaire illisible.

    La copie d’une copie devient un original  ( remix-copy-paste )

    Partant du postulat qu’une copie d’une copie est un original, chaque image est photocopiée selon un protocole bien précis défini par l’auteur. La photocopie est manipulée une nouvelle fois pour générer une nouvelle image, et ceci est réitéré jusqu’à obtenir « un épuisement de signes ».  Ces séries constituent la base de données du projet qui portera dans sa forme numérique le même nom « Monochrones ».

    ( 2011 )

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    LES REGARDEURS / LES MARCHEURS ( 2010 )

    Les espaces périphériques des villes sont les nouvelles frontières d’un monde qui opposerait l’urbain à la désolation, la sociabilité ultra-connectée aux étendues solitaires. Les périphéries de cess urbanisations du continent africain sont les endroits du mouvement permanent, espace mental qui repousse les frontières anciennes de la ville et de l’esprit. Lieux de transitions entre la paysage et le monde pris dans son acceptation large du mouvement, elles sont le passage obligés des nouveaux prétendants à la cité. Cette série s’installe au sommet du dernier rempart avant la ville, objet de tous les désirs, dans cet entre-deux contemporain, carrière de pierre pour la construction de la ville, mi-décharge que se partagent ces nomades avides d’un monde de pleine potentialité.

    Edition 5+ 2AP
    150 x 130 cm
    +
    Display / Vidéo Projection 2010
    Durée 17’’
    Slideshow projeté sur une musique live d’un groupe de jeunes musiciens choisis dans la ville d’accueil de la projection.

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    FICTIVES ARCHIVES , AN INVESTIGATION ON CONTEMPORARY IMAGES IN THE ERA OF THE LIQUID PHOTOGRAPHY. [ 2009 - 2011 ]

    (UK)

    Photography has born as a scientific reproduction tool of the reality and has been the strongest and the largest medium to construct modern history of the mankind but the statut of the photographic document as lost its authority with reality in its new relation with the digital world. Since photography switch into digital era, the truth we used to attached to this medium has disappeared. There is no more negative to prove chemically and mechanically that an event has really occurred. The change of the nature of photgraphy into an image brought deep distance between the fact itself and its representation.

    Without image there is no event and any event could be built with images. Mass Consumption of images has created images to serve specific goal and to be recognized, modifying the production process from « taking » to « making » a picture. The space conquest have been focused all its energy in the construction of an heroic and mythic media exploit. Without any image of the first moon landing on the moon, nobody would have believed it.

    With the possibility of creating a new event  by its simple existence, Romaric Tisserand recreated since 2009 an unbelievable large format negatives fictives NASA archives of  the unreleased Apollo 21 mission moon landing (which was planned but not released) the 18th June 1974 in order to construct and validate this event : moon rocks, survival kit, moon landscape, astronaut portrait, deep space imagery series are challenging our idea between photography and truth.


    (FR)

    ARCHIVES FICTIVES DE LA NASA, UNE INVESTIGATION SUR L’ IMAGE CONTEMPORAINE

    [ 2009 - 2011 ]

    Depuis l’avènement de l’image numérique, la notion de vérité attachée à l’archive photographique comme preuve s’est dissipée dans la multitude et l’impossibilité de vérifier l’absence ou non de manipulations qui planent sur les images numériques.

    Le statut du document photographique a évolué au point que, n’ayant plus accès à la source primaire (le négatif), il nous est devenu impossible de vérifier la véracité des faits. L’image médiatique contemporaine est devenue l’avatar de l’événement lui-même dont sa seule représentation valide son existence et sa véracité historique à nos yeux.

    Comme nous avons appris à lire des mots, nous devons désormais apprendre à lire les images car dans notre société de l’information permanente, celui qui contrôle les images contrôle les esprits.

    Nous savons que sans image, l’événement n’existe pas. Dans la logique de propagande imposée par la course à l’espace, les américains étaient extrêmement conscients que sans image de l’alunissage leur supériorité n’aurait jamais pu être totale. C’est pour cela que la première chose qu’on faite Buzz Aldrin et Neil Amstrong a été de descendre sur le sol lunaire planter la caméra de télévision et de remonter de nouveau dans le LM pour réaliser sous nos yeux ébahis le plus célébre petit saut pour l’homme et le grand pas pour l’humanité en direct en mondovision.  Le programme spatial Apollo a été ainsi la plus coûteuse et la plus ambitieuse action de relation publique de toute l’humanité.

    Réalisée sur la base de photographies vintages de la NASA, cette série d’archives fictives de la mission Apollo 21 (initialement prévue mais jamais réalisée par la NASA) s’est engagée à détourner cette iconographie universellement assimilée pour récréer les archives de cet événement historique qui n’aurait pas eut lieu, l’alunissage de la mission Apollo 21 le 18 juin 1974, afin de créer dans l’esprit la possibilité par sa simple existence médiatique, où la simple représentation de l’Histoire crée finalement l’événement historique.

    Dans cette nouvelle écologie visuelle, la vraie question ne serait-elle plus alors de se demander si il faut encore croire ou non aux images photographiques mais à qui elles profitent ?

    L’Histoire, dans son acceptation classique,  dans le passage à l’image numérique est revenue à l’ère du récit et des mots ayant perdu dans cette folle course un précieux outil mécanique et chimique de représentation du réel.

    L’écriture contre l’image sera le match du siècle.

    Romaric Tisserand

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    (In search of the deliberate accident)

    Tribute to « Point de vue d’après nature » du Gras

    365 PHOTOGRAPHERS / 365 DAYS

    « Troubled Girls »© 2010 AAnonymes Project

    In the search for anonymous images there is no beginning or end, nor rare images, only incandescent projections which subjugate and instantly become absolutely indispensable. AAnonymes.org is one of the many histories of contemporary photography.

    AAnonymes.org shows “abandoned” photographs, antiquities of a reality that has ceased to exist in its original state, images which, like every photograph ever taken, have contributed to the creation of a photographically modified reality. The very images which Jean Baudrillard regarded as the prime instrument of the lack of reality, pictures of a contemporary world in which images are already pictures, in which everything has been fiction since Nicéphore Nièpce’s first heliograph.

    When photography was officially born exactly 170 years ago, on 19 August 1839, the passage from the ancient to the modern world was consummated. AAnonymes.org is a tribute to this.


    « Les Fumeuses de Pipes » © 2010 AAnonymes Project

    The Kodak Brownie was largely instrumental in photography’s democratisation and opened the way for modern photography, a photography catering for the masses, whose collective, immediate and simultaneous espousal transformed individual memories into objects that one can posses and the collective imagination into a veritable visual grammar.

    One is struck today by the heritage (or debt) bequeathed, from the first Daguerreotypes and William Henry Fox Talbot’s calotypes to the anonymous pictures taken in the early 20th century and modern and contemporary photography. An exquisite corpse in which scratchings, asperities, superimpositions and montages constructed an unbridled imagination in which today’s imagery was already in gestation in the pictures of the past.

    AAnonymes does not seek to tell a story of photography but rather propose any number of stories, to open itself up to an experimental reading free of historic pretention, to the meaning in which all these approaches would coexist.


    « LOVE BOAT » © 2010 AAnonymes Project

    For a long time these authorless photographs, images of unclaimed paternity left to the anarchy of personal or commercial mythology, often altered, torn or annotated, have been denied the constitutive qualities of authenticity, legibility and precision.

    What has always struck me about the portraits is the modernity of some of the faces. In the landscapes it is their universal silence, and in the still lifes their absence of effect and delicate visual sparseness. Faces, landscapes transfixed by life.

    “You press the button, we do the rest”   –  Kodak

    The product of permanent choices involving accidents and formal rapprochements, this proposition is as valid as all other possible propositions since it potentially contains all of them. Images are signs, each anonymous image is a visual citation, a unique and complete knowledge of the world.


    « The Dot Family » © 2010 AAnonymes Project

    What attitude should we have towards these images that have been annotated, stamped “anonymous”, “unretouched, “annulatto” or even “refused”? Has this deprived them of their very essence as photography?

    What might be the essence of an anonymous photograph? The absence of signature or stamp, or rather its fate? Both perhaps. This is why I prefer the term “deposed photographs” to “anonymous photographs”.

    I like to keep in mind Marcel Duchamp’s singular and modern idea that it is the viewer who makes the work as much as the artist. Some photographs show us things, these ones make us think.

    “The media have replaced the ancient world”  - Marshall McLuhan

    Here it is above all the photographic object that is omnipresent before the image. Albumen papers, ferrotypes, cyanotypes, gelatino-bromide prints, all have their roots in the social finality assigned to them – family portrait, documentation, advertisement, archive, self-portrait, souvenir snap – and their escheat came with the loss of this use and the individual and collective memory to which they were attached. All these images found themselves without a master and thus lost the privilege of being looked at.

    A host of anonymous images built up around a charming Utopia, one full of potentiality and the permanent anxiety that the discovery of a new image would upturn this precarious equilibrium. A collection is a construction of knowledge, in competition with no other. It is the portrait of the person who assembles it, of someone who recognises where others have been blind.


    « A Summer Afternoon » © 2010 AAnonymes Project

    Despite belonging irremediably to the past, these photographic objects seem to be no longer located in that history and produce the strange sensation that we all share this same humanity. Although the present-day replacement of an image by a simple binary signal renders these afterimages of the past even more desirable, the idea of recovering this lost world unfortunately seems unreal.

    Paradoxically, in this digital era of continuous production of shared imagery, which we consume and sometimes delete even before seeing, the abundance of anonymous photographs instils in us the idea of an omnipresent, primitive humanity whilst definitively sealing its demise.

    This new optical reality has radically overhauled the concept of beauty that has been the norm since antiquity. The anonymous photographer thus becomes the implacable tourist of the real, of a reality in which each and every image becomes a projectile.

    The beautiful is always surprising, wrote Rimbaud. Welcome to a world in which it will always be ten past ten, a world whose protagonists all seem to be acting out the same scenario of the pose, of dressing up, of mise en scène, in which impossible realities become convulsive beauties charged with unexpected artistic potentialities.


    « 1-2-3″ © 2010 AAnonymes Project

    Jean-Luc Godard said that what interested him in Pierrot le Fou was the space between people, the paths they take, and that the “tragic” is that once we know where they are going, who they are, everything is still just as mysterious and life is that forever unresolved mystery.

    “I am at war with the obvious”  - William Eggleston

    In this little inventory à la Prévert, it is not just a question of considering the formal evolution of the landscape, portrait or still life in the work of Eugène Atget, August Sander, Diane Arbus, William Eggleston and Wolfgang Tillmans.

    What is curious here is the realisation that within this heterogeneity and constant profusion of imagery the concept of photographic unity has never been as strong, that the question of photography as an artistic medium and the status of the photographer as author were considered long before artists such as Gerhard Richter, Bernard and Hilla Becher, Francis Alÿs and Christian Boltanski.


    « Invaders » © 2010 AAnonymes Project

    In the end, could the history of photography be that immense “work in progress”, the creation of an acceptable world, of that illusion of continuity that man has of himself, or the transformation of this “hidden” reality into a continuum of images in the grand enterprise of recycling reality?

    Romaric Tisserand

    Arcachon, 19 August 2009

    www.AAnonymes.org

     

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    LISE SARFATI - Austin, Texas-

    Teste par Romaric Tisserand

    Lise Sarfati, Selina 01, Austin TX, 2008, courtesy Galerie BrancoliniGrimaldi / Roma

    Cette nouvelle série de Lise Sarfati a été réalisée en 2008 dans la continuité de sa grande trilogie sur les Etats-Unis débutée avec la série The New Life éditée par Twin Palms en 2005, puis poursuivie avec les séries Immaculate et She qui seront publiées cette année, respectivement chez Steidel Mack et en porfolio dans Aperture magazine. La sérieAustin, Texas a fait l’objet d’une publi cation en octobre 2008 par Magnum Publisher intitulé Lise Sarfati, Fashion Magazine.

    LE DOCUMENT FICTIONNEL

    Dans son travail, Lise Sarfati ne sépare jamais le documentaire de la fiction.  Le choix de la ville d’Austin au Texas n’a rien d’anodin :  Austin est à la fois le centre géographique de l’Amérique mais également le centre de la culture rock et underground.

    Austin, Texas présente des personnages d’adolescentes évoluant dans un environnement familier, celui d’Austin avec ses maisons en bois, ses intérieurs, ses rues, ses couleurs douces.

    L’ESPACE ET LE CORPS

    Lise Sarfati s’intéresse au thème du rapport entre le corps et l’espace. C’est cette interaction permanente des personnages avec l’espace qui structure sa démarche. Elle ne parle pas de portraits mais « d’études » de figures.

    Quentin Bajac, conservateur en chef du Cabinet de la Photographie du Centre Pompidou, décrit très bien ce phénomène : « Toutes ces jeunes filles sont à la fois dans l’ici de la prise de vue et dans un ailleurs indéfinissable. Cette ubiquité fondamentale est, à mon sens, à la source de l’intérêt que Lise Sarfati porte à ses jeunes modèles. […] Chacune de ses images enregistre littéralement la distance d’un corps à l’espace qui l’entoure et, ce faisant, construit de manière métaphorique, et très consciente, un rapport du modèle au monde qui l’entoure. » (1)

    NARRATIVE FASHION

    Naïves et brutales, sorties tout droit d’un roman et d’une puissante sensualité, affalées dans le fauteuil du salon familial – ou bien déambulant dans les rues d’un possible Eden texan, ces jeunes femmes n’ont pas de but revendiqué, ni d’action avouée à leur errance. “ Le modèle semble toujours avoir pris part au choix du vêtement selon une logique de vraisemblance ; chaque jeune femme choisit son personnage et s’y projette mais reste pleinement en accord avec le contexte et le décor qui est le sien, comme elle participe pleinement à la mise en scène de l’image finale. […] Le changement induit par le vêtement n’a donc rien d’une métamorphose. Parfois il est même imperceptible. Dans tous les cas, le vêtement ne fait jamais figure d’un déguisement sous lequel le modèle disparaîtrait.”(Quentin Bajac “Life Stills”)(2)

    L’ADOLESCENCE  PERPÉTUELLE

    De ses lectures, Lise Sarfati gardera profondément ancré dans sa démarche, le concept littéraire de l’immaturité permanente de l’écrivain Witold Gombrowicz, dont elle retient de son œuvre majeure, Ferdydurke : « la jeunesse n’était pas chez elle un âge de transition : pour une moderne, elle représentait la seule période véritable de l’existence».

    Quentin Bajac explique encore très clairement cet apport fondamental dans la démarche de la photographe : « Elle aime citer Gombrowicz et l’attachement de ce dernier à la notion d’immaturité : la révolte sourde, le refus muet, le jeu avec la vie et la réalité, et surtout l’idée d’un sujet informe à la fois malléable et pourtant insaisissable qui finira toujours par se dérober. »(3)

    Et à Lise Sarfati ensuite de commenter à Rick Owens dans un autre entretien du Fashion Magazine : « Ce n’est pas le côté social de l’adolescent américain qui m’intéresse, plutôt l’adolescence d’un point de vue générique, comme une métaphore, une transition, un miroir. »

    LE ROMAN QUOTIDIEN

    Cet apport incontestable de « l’œuvre littéraire » a forgé sa perception et sa pratique photographiques et lui donnera un goût prononcé pour la narration. Lise Sarfati s’intéresse à l’histoire sans héroïsme d’adolescents des villes de province aux Etats-Unis. Chaque série est une histoire transversale, chaque série évoque une nouvelle qui nous plonge dans un imaginaire littéraire. Pour elle, l’esthétique photographique n’est pas construite par le regard – celui de l’artiste photographe – mais d’une accumulation d’expériences et de sensations qui génère un univers complexe, une histoire unique.

    Romaric Tisserand

    Paris, Le 5 janvier 2009

     

    Lise Sarfati est présente dans les grandes collections publiques incluant le San Francisco Museum of Modern Art, le Los Angeles County Museum of Art, le Brooklyn Museum of Art, le Philadelphia Museum of Art ainsi que la Bibliothèque Nationale de France. Son travail a été montré lors d’expositions monographiques au Musée FOAM d’Amsterdam, au DOmus Artium de Salamanque, à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) ainsi qu’au Nicolaj Center of Photography Art à Copenhague. En 1996, elle a reçu le Prix Niepce à Paris ainsi que le Prix Infinity de l’International Center of Photography (ICP) de New-York.

    (1)(2)(3) Quentin Bajac, “Life Stills” extraits du Fashion Magazine Austin,Texas, octobre 2008, Magnum Publisher

     

    lise sarfati villa medicis romaric tisserand

    Lise Sarfati, Eva-Claire 02, Austin TX, 2008, courtesy Galerie BrancoliniGrimaldi / Roma

     

    (ENGLISH VERSION)

    LISE SARFATI – Austin,Texas-

    Lise Sarfati’s newest series, “Austin, Texas” was completed in 2008, as part of her trilogy on the United States which started with the series “The New Life”, published by Twin Palms in 2005 and continued with the series “Immaculate and She”, which will be published this year by Steidl Mack and as a portfolio in Aperture magazine. “Austin, Texas” was published in October 2008 by Magnum Publisher under the title “Lise Sarfati, Fashion Magazine”.

    THE FICTIONAL DOCUMENT

    In her work, Lise Sarfati makes no distinction between documentary and fiction. The choice of the city of Austin, Texas is anything but trivial: Austin is both the geographic center of the United States and the epicenter of the underground rock scene.

    The series presents teenage characters operating in a familiar environment: that of Austin, with its wooden houses, its interiors, its streets and its muted colors.

    SPACE AND THE BODY

    Lise Sarfati’s work focuses on the relationship between the body and space. It is this continuous interaction of the characters within their space which structures her approach. She does not refer to her work as portraiture, but as a “study” of figures.

    Quentin Bajac, Head of the Photography Department at the Museum of Modern Art, Centre Georges Pompidou, describes this phenomenon quite well: “All these girls are located in the ‘here and now’ of the picture and an indefinable elsewhere. This fundamental ubiquity is, to my mind, the reason for Sarfati’s interest in young models.[…] Each of these photos literally records the distance between a body  and the space that surrounds it, and in that way, metaphorically (and this time very consciously) constructs a relationship between the model and the world around her.” (1)

    NARRATIVE FASHION

    Naïve and brutal, seemingly straight out of a novel, with  powerful sensuality, reclined on an armchair in the family room, or roaming the streets of a possible Texan Eden, these young women have no purpose, no cause to fight, no clear action to explain their restless wandering. “The clothing always seems to have been chosen to match the model, and the logic is one of verisimilitude – each young woman projects a character she has chosen, but remains completely in harmony with her own natural context and setting. In accordance with Sarfati’s photographic maieutics, they’re full participants in the final photo’s mise en scène.[…] Thus the change induced by the closing has nothing in common with metamorphosis. It is even imperceptible sometimes. In any case, the clothing never seems to be a disguise under which the model disappears. (Quentin Bajac “Life Stills”)(2)

    PERPETUAL ADOLESCENCE

    Lise Sarfati’s approach is deeply rooted in the literary concept of permanent immaturity, described by writer Witold Gombrowicz. In his masterpiece Ferdydurke, the author states “youth was not for her a transitional period: for a modern person, it was the only period that was real in all of existence.” an idea Sarfati’s work continuously references.

    Quentin Bajac again eloquently explains this fundamental contribution to the photographer’s work : “She likes to cite Gombrowicz and his fondness for the concept of immaturity – a secret revolt, a silent refusal, a game played with life and reality, and especially the idea of a subject both malleable and yet elusive, who always, in the end, slips away.”(3)

    Lise Sarfati herself explains to Rick Owens in another interview on Fashion Magazine: “What interests me about American teenagers isn’t the social dimension. It’s adolescence from a more general view, as a metaphor, a transition, a mirror. »

    DAILY ROMANCES

    This undeniable contribution of literary work forged Sarfati’s perception and photographic practice, giving her a marked taste for storytelling.  The artist is interested in the anti-heroic stories of teenagers from provincial cities in the USA.

    Each of the three series are a transverse story; each evoking a new story that plunges us into literary imaginings. For Sarfati, photographic aesthetics are not built by the photographer’s eye, but by an accumulation of experiences and sensations that create a complex world, a unique history.

    Romaric Tisserand

    Paris, 5th January 2009

    Lise Sarfati’s work is included in numerous public collections including the San Francisco Museum of Modern Art, Los Angeles County Museum of Art, Brooklyn Museum of Art, the Philadelphia Museum of Art, and the Biblioteque Nationale de France in Paris. Her work has been featured in solo exhibitions at FOAM Amsterdam; the Domus Artium, Salamanca, Spain; Maison Européenne de la Photographie, Paris, France; and the Nicolaj Center of Contemporary Art, Copenhagen, Denmark. In 1996, the artist was awarded the Prix Niepce in Paris and the Infinity Award from the International Center of Photography (ICP) in New York.

    (1)(2)(3) Quentin Bajac, “Life Stills” from Lise Sarfati Fashion Magazine Austin,Texas,october 2008, Magnum Publisher

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    RUINS ARE JUST BUILDINGS

    BUILDINGS ARE JUST RUINS

    GARGANTUA CITY ( Architectures comestibles )

    J’ai toujours aimé manger. Par faim, par curiosité aussi mais surtout par passion je pense. Adolescent, j’étais pris d’une faim dévorante à temps plein, d’une insatisfaction permanente à remplir ce corps déjà proche de la toise bimétrique. J’aurais mangé des maisons et des villes entières si j’avais pu : de grands toasts de briques rouges aux oeufs de lampe, des baguettes entières de béton armé trempées dans du miel, des boiseries de chêne fumées en antipasti, du verre finement pilé dans une glace au rhum-raisin. Voilà seulement ce qui aurait pu me rassasier à ce moment là. C’était un rêve qui me faisait baigner dans une culpabilité veloutée, un écart presque régressif au régime de pains de poissons maternels et de lamproie à la bordelaise.

    De ce goût hétéroclite pour la coupe et le plan, j’ai longtemps aimé le goût sirupeux des gâteaux colorés Memphis, les pièces-montées en nougatines d’Archizoom et les grandes étendues de sucre glace du Superstudio. J’aimais goûter chacune de ces saveurs qui n’emmenaient loin du goût fade et pâteux du quadrilatère calcaire qui remplissait les perpectives de ma cité.

    Garguanta City est l’histoire d’une ville pensée comme un festival de projets imaginaires et radicaux, un plan de table avec une infini de perspectives à manger, un florilège de ruines. De l’utopie radicale des architectures des 70′s aux JunkSpaces de Rem Koolhaas qui ont conquis notre planète, cette intervention bétonnée propose de parcourir, en mangeant à pleine plâtrée, chaque étage/strate de la cité contemporaine, de s’interroger sur la ville comme lieu d’investigation artistique et de décompter les ruines volontaires que nous laisserons aux générations futures. Le monde est une grande ruine en sursis. Future is Stupidh.

    Imaginer une autre logique pour remplir un monde si rempli. Peut-être que notre plus grande tristesse a été de découvrir que les grandes utopies sont devenues réalisables dans ce monde complètement opérationnel.

    L’architecture mange le monde et un monde sans utopie ne mérite pas d’être mangé.

    Cette exposition est un holo-gramme Miam Miam

    A gelly hologram…

    A gelly Miam Miami…

    avec Le Corbusieur en Jean-Pierre Coffe et Zaha Hadid en Maité

    FUTURE IS GOD

    PRAY CASH

    L’auteur Sarah Deyong cite un extrait du sociologue René Lourau  tiré de son ouvrage « contours d’une pensée critique nommé urbanisme » de 1967 en introduction de son texte sur la collection de dessins de Howard Gilman « Memories of the urban Future : The rise and fall of the Megastructure ».

    Je le reprends in extenso (en anglais dans le textes) tant il offre pour moi une vision claire de la matrice des utopiques où les mouvements radicaux des années 70′s s’engouffreront : « When the imagination surpasses the limits permitted by the institution of culture, one speaks of poésie, utopia. When critical thought attains and surpasses its limits (which are much more severe than those of the imagination), one speaks of deviance, folly, a critical error, an overly theoretical system, a free-floating vision, etc. When the event attains and surpasses the limits permitted by the law, one speaks of revolution. Or of histories for daydreaming. »

    Chaque effort pour prédire le futur est un échec.

    Chaque effort pour changer le présent est une utopie.

    Chaque architecture utopique n’est finalement que la question de savoir où finit la Ville et où commence le Monde.

    Alternatives à un présent trop immédiat, héritage d’un futur trop désiré ou simple outil d’émancipation, les architectures utopiques ont catalysé en leur sein un souffle qui balaye l’histoire, convoquant l’irrationnel et esquissant des mondes prêt à penser pour de nouvelles consciences. Le siècle qui vient de s’éc(r)ouler a été fécond en utopies aux taux de mortalité proportionnels aux espérances que l’on avait pu fonder en elles. L’architecture du XXeme siècle, témoin immédiat de son temps, s’était emparée de cette matrice pour construire un monde où chacun, et donc tous, serions heureux à en crever à tout jamais. Tout comme les architectures fascistes et collectivistes ou le park à thème au ciel bleu de Coney Island, le fantasme régressif nous inonde.

    Les utopies ont cela de charmant qu’elles sont totalement désinhibées, ambitieuses, radicales et violentes comme l’amante désirée. Ses pronostics brillent de leur absence et de leur impossibilité de traiter avec l’existant. Rien ne lui exige plus que d’exister telle una cosa mentale. Il n’y a pas de camp à choisir ni d’ennemis à abattre. C’est la notion d’engagement dans l’espace public, de l’engagement dans un renouveau parfois destructeur, qui priment. De nombreux architectes et d’artistes visionnaires tels que les Egyptiens, Louis-Etienne Boulée, Le Corbusier, Richard Buckminster Fuller, Yona Friedman, Christo et Jeanne-Claude, le groupe Superstudio, Memphis ou Archizoom, pour les plus récents, avaient compris que les utopies étaient les derniers paradis où l’on ne pouvait être chassé.

    Drop city, Superpolis, No-stop city, the city of the captive globe, Labyrinth City, Re-ruined Hiroshima, Continious Monument, Gargantua city…

    Le Corbusier organisait en 1925 avec le Plan Voisin la destruction du centre de Paris en concentrant la population dans des gratte-ciels cruciformes, futurs prisonniers volontaires d’une architecture radicale :  » je reve de voir la place de la Concorde vide, solitaire, silencieuse et les Champs-Elysées une promenade, Le Quartier du Marais, Des Archives, Du Temple seraient détruits mais les églises anciennes sauvegardées au milieu des verdures ».

    ( OPEN SOURCE CITY )

    ( LA DIGESTION DES UTOPIES )

    Face à l’imminence d’un monde en pénurie de réalité et totalement opérationnel, l’utopie semble être devenue un exercice inopérant, impropre à expliquer les volontés de rupture, les envies compulsives de tabula rasa. Le désir, ce grand magnétiseur de volontés à transformé la pratique du fil à plomb en formule, en programmes certifiables où les bâtiments sont des machines, de gigantesques chaines de production de saucisses Knacki.

    Les architectures utopiques n’ont plus droit de cité dans un monde soumis aux principes d’opérationalité totale où le centre se déplace chaque matin au gré des vents médiatiques, où la ville s’étend sur toute la surface du globe et les bâtiments se dégustent comme des BIG BABA au rhum. D’une seule grande bouchée à la Reine.

    Rome l’Eternelle n’a jamais autant inspiré en ruines. La Sagrada Familia inachevée offrait encore tellement d’espaces inoccupés à investir. Une fois couverte et consacrée, La S.F n’est plus qu’un grand tas de sable mouillé, d’îles flottantes sans désir. Elles existaient comme utopie, les voilà devenue monument. Si Rome avait été préservée sous une couche de cendre et redécouverte intacte il y a un siècle, elle ne serait qu’un simple monument et non pas cette fantastique machine à fantasme qu’elle est et restera pour les 24 prochains millénaires de notre ère. Toujours avec cette idée de l’origine, des temps anciens fondateurs, des sages, de la perspective.

    Mais que savent les pierres de l’amour ?

    Los Angeles n’est pas la mégapole sombre et pluvieuse imaginée par Ridley Scott dans Blade Runner en 1982, le stuc de Las Vegas et de Dubaï ont réduit le futur aux versions aromatisées d’une cuisine internationale pour tous les goûts.

    Telle la Matrix dictant ces formules de croissance au réseau, la radicalité se dilue dans l’exploit, le geste dans le monumental, le plan dans la prolifération et nous voilà baignant extactique durant notre séance quotidienne de Ludovico Thérapie.

    THE MASTERPLAN

    LA VILLE  MATRICE

    a ville contemporaine serait comme un festival où les pélerins erraient à la recherche d’une carcasse à dévorer.

    La Truelle comme cuillère d’or

    La ville comme futur, le futur comme plan infini

    le droit de s’inviter dans l’existant tout en la réinventant, la digérant.

    La faim dans la ville, « Macadam Cowboy »

    FUTURE IS SO GOOD

    PLEASE, BUY MORE

    Ce vide silencieux délaissé par les utopies a été récupéré par l’univers autoritaire des marques et des marchandises créatrices des mythes modernes : Apple, Facebook, Gap, Ray-Ban opérent un futur positiviste et intégré autour de leurs produits, nouveaux veau d’or d’un société qui ne serait plus rêver. Le principe de contestation utopique a été remplacé par le champ générique de l’écologie et de la préservation d’un monde que nous aurions dévasté et qui comme le ciel bleu ne supporte aucune contradiction.

    GENERIC CITY

    La faim m’a quitté depuis. Trop de Bigness/BigMac sûrement, trop de Junkspace/Junkfood, trop d’empilement, trop de virtualité, de furtivité peut-être et plus du tout de scénario. Rien. Rien que des étendues de réseaux et de hubs pour que la ville enfin s’étende comme un virus. Plus que des utopies d’une à l’échelle du monde où l’image de l’objet architectural existerait pour sa capacité à se propager. La fonction a laissé la place à la forme, la forme à l’objet sculptural, l’objet sculptural au Monument, autant de pièces montées que j’entamerais avec une grande cuillère à dessert.

    Hégémonie de la prolifération et du tout possible, il n’y aurait plus de volonté de dépassement car plus rien ne serait alors impossible à réaliser.

    Sans cette dualité, il n’y aurait plus d’origine ( d’où l’on vient ) et de finalité ( où l’on veut aller ). La cité ne serait plus productrice de scénarii dans un monde de la tolérance totale où toute les valeurs se sont diluées, bercé dans la promiscuité, le multiculturalisme, les grandes étendues. Rem Koolhaas parle d’espaces génériques, d’endroits où l’on serait alors partout chez soi, où l’on mangerait partout ce que l’on souhaite : machines célibataires, virtuelles, fluxs continus, architecture de la disparition, archipels urbains, reliefs éphémères, plug-in to plug out.

    A – Générique = Consommation = Pollution

    B- Junkspace / Junkfood  +  Penser les échelles  +  Façadisme

    C- le simulacre qui voudrait triompher du réel

    LA BRIQUE COMME UNITÉ DE PENSÉE

    Comme Saturne, j’avale sans sourciller mon ladrillo de terre. Patisserie un peu sèche au premier abord, elle revêt la saveur acidulée de toutes ces petites patissereries cuites méditerranéennes. Croquant et parfumé à la fois. Il constitue la base même de chaque recette, de tout régime architectural diététique et bio. Tout comme le blé ou le mais dans le monde profane, il était impossible de réussir aucune des recettes au fil à plomb sans la brique rouge ou le parpaing gris. Ils sont l’unité de pensée de chaque bâtiment, de chaque monument, de chaque édifice, chaque pierre de l’édifice.

    RUINS ARE JUST BUILDINGS

    BUILDINGS ARE JUST RUINS

    Il y a un temps pour construire et un temps pour détruire. Dessiner, construire et détruire….la trilogie universelle. Qu’est ce qui aurait le droit d’exister pour toujours si l’on pense que La tour Effeil est une ruine que l’on a oublié de la détruire ? Les ruines sont l’experience la plus complète de l’histoire des hommes. Elles portent en elles-mêmes la contradiction entre l’idée d’un passé linéaire et la transformation permanente projetée comme l’idée d’un futur. C’est la même intention dans celle de détruire comme celle de préserver. C’est l’idée de la mémoire. Rome l’Impériale n’aurait jamais pu autant inspiré si elle n’avait pas été en ruine. Les ruines montrent autant qu’elles ne cachent et posent la question de savoir quand est-ce que se finit une architecture.

    THE STARVING ARCHITECT

    (EVERY NIGHT MY MUM MADE A CAKE)

    Autant que s’en souviennent les hommes, le premier gourmet a s’être adonné au plaisir de ce haut péché culinaire fut Saturne à qui l’on fit manger sa première pierre langée en lieu et place de son jeune fils Zeus. Nourrir le corps, assumer la transmutation, voilà le secret du ventre de l’architecte pour devenir immortel. La vie se nourrit de la mort comme les architectes se nourrissent des ruines. Les ruines comestibles me semblent un bon départ de travail, d’envisager leur disparition dans mon estomac pour revenir à une échèlle humaine de la ville, celle de la bouche…Le futur est à manger.

    Je pense aux immenses ziggourats à tronçonner à la scie circulaire, aux larges avenues en tiramisu à entamer au tractopelle à tarte, à tous ces musées en gelé à gober, à ces mégalopoles infinies sur le globe à engloutir avec des gâteaux secs. Je pense aux moules à gauffre « Chandighar » de Le Corbusier (1951), aux maisons de pains de sucre de Rachel Whiteread qui son le bonheur du Godzilla. Je pense à mon estomac qui crie famine.

    Je n’ai pas d’autre solution pour entamer cette discussion que de reprendre la citation de  ( Walter Benjamin, On the concept of illusion, 1940 )

    que Sébastien Pluot réserva dans son texte d’introduction à l’oeuvre de Cyprien Gaillard dans le catalogue de l’exposition Landscope en 2008 à la Galerie Thaddaeus Ropac

     » Là où nous apparaît une chaîne d’événements, ( L’Ange de L’histoire) ne voit lui qu’une seul et unique catastrophe, qui sans celle amoncelle ruine sur ruine et les précipitent à ses pieds. (…) du Paradis souffle une tempête (…) qui le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’èleve jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

    C’est la theorie du Chaos, nourrir le corps : la transmutation

    La vie se nourrit de la mort. Comment devenir immortel en mangeant des choses qui vont mourir ?

    Revenir à une échèlle humaine de la ville, celle de la bouche…

    Romaric Tisserand, 23 octobre 2010,

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